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Dans les yeux des survivantes de la prostitution…

Le 3e congrès mondial de la Coalition pour l’Abolition de la Prostitution, qui se tenait à Mayence (Allemagne) en avril dernier, précédé de la 1ère marche mondiale des Survivantes, a donné la parole aux survivantes de la prostitution. Venues de tous les coins du monde, ces femmes ont dit leur parcours et leurs blessures, rappelant ainsi que la prostitution est une violence qui n’a pas de frontières. La Fondation Scelles, co-fondatrice de CAP International, était présente et a recueilli leurs paroles. >>>

 

 

Elles sont originaires d’Afrique du Sud, des USA, de France, d’Allemagne, d’Irlande, de Roumanie, du Canada… Pourtant, elles sont « sœurs », comme elles l’ont dit à plusieurs reprises. Car elles portent les mêmes blessures et, au-delà des cultures, ont les mêmes mots pour les exprimer. Aujourd’hui, elles prennent publiquement la parole pour elles mais surtout pour toutes ces femmes croisées dans la prostitution qui sont encore victimes.

 

La prostitution, c’est « l’enfer sur terre » (A. Tiganus, survivante)

« Pas une femme rencontrée ne m’a dit avoir rêvé se prostituer », explique la Sud-africaine Mickey Meji, survivante de la prostitution. «J'ai vu des femmes qui ont touché le fond (...), témoigne l’Allemande Sandra Norak.  Je n'ai jamais vu une femme qui se prostituait volontiers, toutes étaient confrontées à une grande violence».

Pour toutes, la prostitution a été le résultat d’un parcours de violences (physiques, psychologiques, sexuelles mais aussi sociales ou géopolitiques), d’agressions, de manipulations de tous ordres.  Violence d’un pays en guerre pour Rachel Moran, violence de la pauvreté pour Mickey Meji (« la prostitution est le seul moyen de survivre, pour elles et pour leur famille »), violence de la rupture pour Amelia Tiganus, arrachée à la Roumanie par ses proxénètes, violence de l’innocence abusée pour Sandra Norak, adolescente séduite et exploitée par un loverboy : « L’entrée dans la prostitution, c’est souvent l’amour. La prostitution, c’est l’abus de l’attachement ».

Pour toutes, la prostitution a ouvert la porte à d’autres formes d’exploitation : viol, violences sexuelles, avortement, grossesses non désirées, maladies, dépendances…  « Cela vous détruit toujours, explique Sandra Norak. Le consentement ne change rien. La capacité de résistance disparaît à chaque client. Vous n’avez pas la capacité de résister. C’est comme ça que vous êtes détruite. Mon expérience d’un bordel, ce sont des relations avec des étrangers et c’est supporter des choses inhumaines ».

La prostitution déshumanise et détruit. Plusieurs intervenantes ont d’ailleurs établi un lien entre la prostitution et l’univers concentrationnaire : même déshumanisation, même destruction, même chosification de l’être…  La prostitution, c’est « l’enfer sur terre », résumait Amelia Tiganus.

La prostitution, « c’est comme laver des voitures… » (client, Canada)

La psychologue Melissa Farley enquête depuis plusieurs années sur les clients de la prostitution du monde entier. Elle a ainsi eu des entretiens avec des dizaines de clients d’Allemagne, d’Inde, du Cambodge, du Royaume-Uni, des USA, du Canada.. Au cours du Congrès de Mayence, elle a présenté les premières conclusions d’une étude qui devrait paraître en 2020.

Chez ces clients, on retrouve des caractéristiques communes, au-delà des frontières : la peur du rejet, la recherche de « non relational sex », le besoin de domination ou d’affirmation de leur masculinité… Tous, quelle que soit leur origine géographique, quel que soit le régime juridique de la prostitution en vigueur dans leur pays, ont les mêmes paroles cyniques et la même volonté dominatrice :

«Je fais une contribution. Elles mourraient de faim, si elles n’étaient pas putes  Les filles ont de quoi manger, n’est-ce pas? Je leur fournis le pain qu’elles mangent » (client Canada)

Melissa Farley montre en effet que les clients ont conscience de la violence et l’exploitation auxquelles ils participent. Ils savent que la femme est victime, mais ils rationalisent et  l’abus disparaît derrière la justification de l’argent :

 «Personne ne le fait volontairement» / «Les Roumaines et les Asiatiques sont 100% piégées» « Les femmes dans le besoin se prostituent. Elles survivent grâce à  la prostitution »

 « Que je n’y aille pas n’aidera pas les femmes parce que son patron ne sera pas content si elles ne font pas d’argent » (client en Allemagne) / « C’est une relation d’affaire »/ « C’est comme laver des voitures… »/ « Je ne lui parle pas, elle sait exactement ce que je veux… ».

 

Porter la parole des survivantes….

De la confrontation de l’universelle souffrance des personnes prostituées et du cynisme sans limites des clients émerge un appel : la société doit choisir.

 

« On considère la prostitution, mais on ne voit pas les personnes », constatait Amalia Tiganus, survivante roumaine. La société ferme les yeux et cette acceptation est un facteur aggravant pour les victimes. Sandra Norak en témoigne : « Mon loverboy un jour m'entraîna dans un bordel, il m’a dit que je devrais essayer, que la prostitution c'est quelque chose de normal, c'est un travail. D'ailleurs, c'est ce que dit notre législation. En ce sens l'Etat porte une responsabilité. Si l'Etat m'avait dit que c'était de la violence, j'aurais agi différemment. »

 

«  La société ne peut pas accepter que des hommes achètent des femmes brisées. Ceux qui acceptent, ont-ils jamais rencontré une personne prostituée, ont-ils jamais regardé dans ses yeux ? Regardez, vous verrez un silence parce qu'elles ont été cassées. »

 

>>> Pour aller plus loin

Congrès Mondial pour l'abolition de la prostitution

La Marche mondiale des survivantes

 

 

The Scelles Foundation in the press

  • (ES - Milenio) El ser humano no está a la venta
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