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Ivre, le lobby pro-prostitution fait un « contre-rapport » de l’évaluation de la loi abolitionniste de 2016… avant même de l’avoir lue.

Donald Trump a créé les « faits alternatifs », le lobby pro-prostitution a inventé le « contre-rapport d'anticipation ». Le Strass et ses allié.e.s se lancent dans une nouvelle opération marketing, à grands renforts de données bidonnées, d'euphémismes indécents et de relents « anti-système » en toc. Le tout en s'appuyant sur un « contre-rapport » nommé « réponses à l'évaluation de la loi de 2016 » qui avait en fait été rédigé avant même la publication de l'évaluation... 

 

Ivre, le lobby pro-prostitution fait un « contre-rapport » de l’évaluation de la loi abolitionniste de 2016… avant même de l’avoir lue.

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Le 22 juin dernier paraissait donc le Rapport d’évaluation de la loi d’abolition de la prostitution du 13 avril 2016. Un rapport difficilement contestable: s’étalant sur 9 mois d’enquête, 238 pages, 300 entretiens auprès de l’ensemble des acteurs de la mise en œuvre de la loi (dont les préfets, ARS, parquets, délégué.es aux droits des femmes, associations de terrain, lobbies, y compris le Strass par ailleurs), effectué conjointement par trois inspections générales (justice, administration, affaires sociales)

 

Les conclusions du rapport sont aussi sévères pour le gouvernement qu’encourageantes pour le modèle abolitionniste lui-même, qui n’est pas remis en question. Le message est clair : là où elle est appliquée, la loi fonctionne, notamment grâce aux associations abolitionnistes de terrain et au volontarisme de certains acteurs publics. Cependant, il est clair que la mise en œuvre de la loi avance plutôt « malgré » le gouvernement que « grâce » à lui, le rapport insistant sur le manque de portage et de volonté politique de l’Etat. En clair, il faut augmenter les ressources consacrées à la mise en œuvre de la loi abolitionniste. L’Etat doit se hisser à la hauteur des ambitions de la loi.

Le lobby pro-prostitution, qui espérait une remise en cause du modèle, est donc déçu. Très déçu. On pourrait même parler de gros seum. On aimerait pouvoir en rire tant les réactions sont caricaturales, mais difficile d’avoir le sourire lorsque les réalités de la prostitution sont à ce point déformées, les victimes instrumentalisées et les exploiteurs dédouanés.

Le « contre-rapport » donc. D’abord, le titre : «Réponses à l’évaluation de la loi de 2016». On ne peut qu’être en admiration face à la réactivité des rapporteur.rice.s, qui quelques jours seulement après la parution de l’évaluation parviennent déjà à y apporter 60 pages de réponses. Or, surprise, dès la deuxième page, on peut lire : « En 2020, suite à l’absence de publication du rapport d’évaluation malgré les nombreuses demandes de certain.e.s député.e.s et les effets d’annonce du gouvernement, les associations communautaires et de santé mobilisées sur le terrain en France, publie (sic) le leur ». Le « contre-rapport » n’est donc en rien une réponse à l’évaluation de la loi, puisqu’il a été créé précisément pour pallier son retard de publication. Sans avoir eu connaissance du contenu de l’évaluation, le lobby pro-prostitution y fait donc à la fois ses questions et ses réponses, ce qui est bien pratique. Une méthodologie bien curieuse pour un « contre-rapport ».

La crédibilité du contenu est du même niveau : le Strass et ses allié.e.s se créent une réalité sur-mesure. Très peu de données, auxquelles on préfère le ressenti basé sur « l’expérience de terrain de nos associations » et quelques témoignages individuels tronqués. Le rapport le plus fréquemment cité comme référence est celui réalisé en 2018 par… le même lobby. Pour le même lobby. Auprès des associations du lobby.

 

Les « faits alternatifs » du lobby pro-prostitution

Selon le « contre-rapport » donc, la loi aurait provoqué un déplacement vers les périphéries et une invisibilité croissante  des personnes prostituées. En réalité, aucune donnée n’en atteste. Cependant, 63% des parquets ayant répondu à l’enquête n’ont pas constaté un déplacement des lieux de racolage sur la voie publique depuis l’entrée en vigueur de la loi. Par ailleurs, Quelques minutes passées dans les rues parisiennes à Belleville ou aux alentours de la rue Saint-Denis suffisent à constater que les personnes prostituées (et leurs proxénètes) sont encore bien présentes et visibles.

Une question se pose cependant: concernant ce soi-disant « déplacement » du fait de la loi, quel est le point de comparaison du Strass et de ses allié.e.s ? Est-ce avant la loi de 2016, lorsque les personnes prostituées étaient criminalisées et traquées par la police ? Le lobby pro-prostitution serait-il en train d’affirmer sérieusement que les personnes prostituées se cachent d’avantage de la police après leur décriminalisation qu’avant ? Alors qu’en moyenne entre 2004 et 2012 près de 2000 personnes prostituées étaient arrêtées par an ? Quelle époque le Strass et ses allié.e.s regrettent-ils au juste ? Et sur quelle base ?

Autre exemple, contrairement à ce que dénonce le lobby pro-prostitution, le rapport d’évaluation énonce expressément que la place croissante prise par internet et les réseaux sociaux dans la prostitution est antérieure à la loi de 2016, et ne peut y être imputée : En 2015, l’étude Psytel estimait que 62% de la prostitution passait déjà par internet, ce qui est une donnée stable encore aujourd’hui. En outre, le nombre de condamnations prononcées pour « proxénétisme aggravé avec auteur mis en contact avec une victime majeure par réseau de communications » est de 73 en 2015 et 72 en 2018.Les chiffres sont stables avant et après la loi.

 

Le constat est donc clair: ce n’est pas la loi de 2016 qui a provoqué l’essor de la prostitution en ligne.

Forcément, cela ne convainc pas le Strass, qui « oublie » de citer ces chiffres et préfère se fier aux impressions du Commissaire Mégret, patron de la brigade de répression du proxénétisme, qui lui estime que « la loi n’a pas eu les effets escomptés » et qu’elle aurait surtout « chassé les filles (sic) de la rue pour les faire passer dans des hôtels ou des appartements » et que « tout se passe désormais via la cyberprostitution». C’est donc sur la base de cette opinion individuelle, pourtant contredite par les données de l’évaluation, que le « contre-rapport » développera trois pages de plaidoyer sur des pseudo-ravages de la loi de 2016. Il est par ailleurs intéressant de constater que le Strass et ses alliée.e.s semblent avoir une immense confiance dans la vision policière des réalités de la prostitution, plus en tout cas que dans celle d’une enquête réalisée par des investigateur.rice.s indépendant.e.s.

Concernant la prostitution sur internet justement, l’opinion du commissaire Mégret est à nouveau convoquée, afin de citer la « collaboration » de Vivastreet avec l’OCRTEH (Office central pour la répression de la traite des êtres humains). Curieux exemple de bonne pratique, car le site est actuellement visé par une information judiciaire pour proxénétisme aggravé, du fait des profits immenses qu’il tirait de la mise en ligne d’annonces de prostitution : une enquête du Monde de février 2017 estimait qu’entre 40 et 50% de son chiffre d'affaires, soit entre 11 et 21 millions d’euros par an, provenaient de sa section « Erotica » qui concentrait des milliers d’annonce de prostitution. Cette « collaboration » n’avait conduit qu’à un nombre insignifiant de signalements, la page Erotica pouvant préserver l’essentiel de son activité, et donc de ses revenus. Elle a désormais été suspendue, en attendant les conclusions de l’enquête. Le Strass utilise cependant cet exemple de « collaboration » pour plaider pour la fin de la lutte contre les sites hébergeant des annonces de prostitution, et déplore la suspension de la section en mise en cause.

Autre « fait alternatif », le nombre de personnes prostituées ayant eu accès au parcours de sortie de la prostitution. Le « contre-rapport » parle de 341 personnes. Elles sont en réalité 395. C’est un chiffre dont personne ne se satisfait,  et les associations abolitionnistes luttent chaque jour pour que l’accès aux parcours de sortie soit amélioré : des parcours de sortie de la prostitution, il n’en faut pas quelques centaines, mais plusieurs dizaines de milliers.

Cependant, 54 trajectoires de vie changées en plus ne signifient peut-être pas grand-chose pour le Strass et ses allié.e.s, qui refusent pour des raisons idéologiques de participer à leur mise en œuvre, mais pour les associations abolitionnistes de terrain, ce sont des centaines d’heures d’écoute, d’accompagnement et de soutien. La moindre des choses aurait été d’actualiser les chiffres de ces « réponses à l’évaluation de la loi» préparées à l’avance plutôt que de communiquer de faux chiffres aux médias. Par ailleurs, nous aimerions également que ces derniers fassent leur travail de vérification avec un peu plus de rigueur, ce qui nous éviterait de devoir le faire à leur place.

 

La novlangue pro « travail du sexe », ou comment étouffer les souffrances des victimes

Le lobby ment. Mais peut-être plus indécent encore, il aseptise les réalités de la prostitution. On connaissait déjà le terme de « travail du sexe », qui nie la violence sexiste, raciste et classiste que constitue en soi la prostitution. Au fil des pages, on prend cependant connaissance de nouvelles trouvailles sémantiques. Ainsi, sur 60 pages, le mot « proxénète » n’est prononcé que 4 fois, dont 3 fois pour en contester le caractère avéré. On y préfère le terme « d’intermédiaire », cité 6 fois, sans aucune mention d’une quelconque relation de contrainte. On notera ce passage au sujet des personnes prostituées étrangères, face auquel les mots manquent : « l’absence de maîtrise du français les contraint à passer par des intermédiaires, assurant de nouveaux moyens de rencontres et de contact avec les clients, en échange d’une rémunération, qui s’accompagne parfois également d’une perte d’indépendance dans le choix des clients. » 

Oui ça pique les yeux. En fait pour le lobby pro-prostitution, les proxénètes, ce sont presque des travailleurs sociaux qui prennent une petite indemnité. Si les associations d’aide aux personnes migrantes manquent de profs de français, elles savent désormais vers qui se tourner !

On notera surtout la « perte d’indépendance du choix des clients », une curieuse manière de désigner le fait qu’une personne va choisir à votre place qui aura accès à votre corps. En d’autres mots, un viol.

Plus loin, le Strass et ses allié.es mettent en garde contre tout amalgame entre « victime de la traite » et « travailleur.se du sexe migrant.e ».  Bien sûr, cela n’a rien à voir, il est évident que chacun.e rêve de traverser la planète pour être prostitué.e sur les trottoirs de Belleville ou dans un hôtel Formule 1 à Quimper. Là aussi, le lobby pro-prostitution passe curieusement sous silence les constats du rapport d’évaluation de la loi :

« Le constat d’une prostitution de voie publique, toujours très soutenue mais déclinante, est partagé par l’ensemble des acteurs. C’est une prostitution presque exclusivement étrangère, structurée par des réseaux exploitant leurs compatriotes. Elle concerne en premier lieu des personnes de nationalité nigériane, puis roumaine, bulgare et hongroise, ainsi que quelques réseaux sud-américains qui exploitent une population masculine, et, principalement à Paris, des réseaux chinois.

La prostitution logée a été historiquement choisie par les réseaux d’escorts d’Europe centrale et orientale, qui sont déplacées au gré des « sex tours », et par des ressortissants sud-américains. Elle a été développée par les réseaux, essentiellement asiatiques, qui exploitent des salons de massage, dont le nombre est élevé, de l’ordre de 400 salons à Paris et en petite couronne, même si une légère baisse a été constatée en 2018 (-1,84%). »

Les mythes de « travail indépendant » et de « libre choix » auxquels voudraient faire croire le Strass et ses allié.e.s s’effondrent donc totalement face au rapport d’évaluation des trois inspections générales, qui font le constat objectif d’une prostitution à la fois « de rue » et « logée » très largement structurée et contrôlée par des réseaux criminels. Là aussi, le lobby cachera cette vérité encombrante dans son « contre-rapport » : puisqu’on vous dit que ce ne sont pas des victimes de la traite, mais des « travailleur.se.s du sexe migrant.e.s »

Enfin, au summum de l’indécence, la question de la prostitution des enfants. Tout d’abord, dans une tentative aussi grotesque que désespérée, le lobby pro-prostitution tente évidemment d’en faire porter le chapeau à la loi abolitionniste : « Nous ne savons pas si nous pouvons le corréler à la loi de 2016, mais manifestement, celle-ci est inefficace à l’empêcher, et de manière étonnante, il est apparu et se développe avec elle. » Cela ne veut rien dire, n’a aucun fondement, mais a le mérite de semer le trouble. Mais surtout, le lobby parvient à séparer « exploitation sexuelle des mineur.e.s » et « mineur.e.s qui vendent des services sexuels » envers qui il faudrait développer des politiques de « réduction des risques », c’est-à-dire les accompagner dans l’exercice d’une activité de prostitution plutôt que de les aider à en sortir. Le Strass proposera t-il bientôt aux enfants une formation en apprentissage du travail du sexe ?

Devant une telle invisibilisation des situations de contrainte et d’oppression, un tel déni de la compréhension la plus élémentaire de la notion de consentement, c’est à nous de proposer un nouveau terme: la consentophobie. En étouffant l’oppression des victimes de la prostitution et de la traite, en aseptisant les violences subies, en faisant passer des contraintes pour des choix, le lobby pro-prostitution adopte une position consentophobe, digne des lignes de défense des plus grands défenseurs de la culture du viol.

 

Les abolitionnistes continueront à lutter pour les personnes prostituées malgré tout le monde.

Par ce « contre-rapport » (ou cette mascarade, c’est selon) le lobby pro-prostitution se positionne en défenseurdes personnes prostituées. Il n’en est rien. Nous n’avons pas les mêmes objectifs, ni les mêmes valeurs. Notre objectif est d’abolir la prostitution en tant que système d’oppression sexiste, raciste  et classiste.  Le leur est de le perpétuer en faisant miroiter des mythes de « réduction des risques ».

Les associations abolitionnistes fournissent un soutien inconditionnel aux personnes prostituées, quelque soit leur sexe, leur genre, leurs origines. Sans leur demander de partager leurs convictions politiques ou militantes. Elles le font dans un contexte ultralibéral, dans lequel tout, jusqu’à l’intimité, devient marchandisable, ce qui fait le terreau des idéologies pro « travail du sexe ». Ces associations, ces militant.e.s, luttent malgré un investissement insuffisant des pouvoirs publics, malgré un climat raciste, anti-migrant.e.s, malgré une police inadaptée, malgré une culture sexiste qui s’est ancrée jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat. Et malgré le lobby pro-prostitution, qui est finalement l’idiot utile de tous ces schémas.

Notre camp est celui de Louise Michel. Le leur est celui d’Eric Zemmour.

Nous continuerons.

 

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